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Pluxee : « Les entreprises doivent tirer de la CSRD des applications opérationnelles »

  • Mehdi Arhab
  • Le
  • Éthique et conformité

Frédérique Tribondeau, directrice RSE de Pluxee France, insiste, en dépit des critiques, sur l’intérêt de la CSRD, rappelant qu’elle constitue un instrument de choix pour « matérialiser des choses qui peuvent paraître abstraites » et faire de son entreprise un acteur de premier plan de son marché. Elle est intervenue au cours de l’atelier, #CSRD : comment faire en sorte que le reporting ne prenne pas le pas sur l’action ? », qui s’est tenu le mardi 4 mars lors des HA ! Days - Achats Responsables.

Frédérique Tribondeau, directrice RSE de Pluxee France - © D.R.
Frédérique Tribondeau, directrice RSE de Pluxee France - © D.R.

Qui assure la gouvernance de la CSRD au sein de Pluxee ?

La CSRD étant un sujet d’entreprise, c’est l’équipe dirigeante du groupe qui pilote le sujet. Le conseil d’administration s’est lui aussi emparé du sujet. Néanmoins, la France étant l’un des tous premiers pays à avoir transposé la directive, la direction de Pluxee France et la direction des Affaires Réglementaires et Institutionnelles à laquelle la Direction RSE appartient ont de fait fortement contribué à la définition des travaux qui lui sont liés.

J’ai donc dès le départ été impliquée par la direction dans les chantiers qui concernent cette petite révolution. J’ai par exemple pris part à l’analyse de double matérialité que nous avons réalisée l’année passée, à la hiérarchisation des tops enjeux de l’entreprise en matière ESG et à la rédaction du rapport extra-financier. Parallèlement, j’ai aidé et accompagné, à la demande de la direction, une bonne dizaine de nos pays de façon plus pragmatique sur tous les sujets RSE.

Il nous faut maintenant préciser les moyens à mettre en œuvre pour déployer et faire vivre la directive.

Charge à nous désormais d’intégrer tous les sujets définis au niveau de Pluxee France, dans le quotidien de l’entreprise. Il nous faut maintenant préciser les moyens à mettre en œuvre pour déployer et faire vivre la directive. La CSRD vise à renforcer le reporting extra-financier des entreprises européennes pour mieux mesurer l’impact de leurs activités selon des critères ESG. Elle imposera aux entreprises de publier des informations détaillées relatives à leurs risques, opportunités et impacts matériels en lien avec les questions sociales, environnementales et de gouvernance. Mais derrière, elles doivent agir et ne pas tomber dans des effets d’annonce.

Pluxee en quelques mots :

Pluxee, ancien Sodexo Services Avantages & Récompenses, est désormais une entreprise, issue d’un spin-off donc, qui a les coudées franches dans son secteur, celui des titres-restaurant et avantages aux salariés. Pour se faire un nom, Pluxee allie près de 50 ans d’expérience à toute l’agilité et l’énergie d’une nouvelle marque digitale. Le groupe propose une offre de plus de 250 produits dans le monde (propres ou via des partenaires) pour apporter des touches de joie et faciliter leur quotidien au travail et au-delà. Repas au restaurant ou chez soi, en passant par la culture, le bien-être financier, les récompenses et les titres cadeaux … tout est réuni pour apporter des solutions sur mesure à l’ensemble des entreprises et organisations publiques. Présent dans près d’une trentaine de pays, Pluxee veille à répondre aux demandes de ses clients en contribuant au pouvoir d’achat et au bien-être des salariés, tout en valorisant tous ces avantages que l’entreprise propose. En connectant les entreprises, les salariés et son réseau de commerçants, Pluxee contribue aussi au développement des communautés et des territoires.

Le groupe est coté à la Bourse de Paris (SBF 120) et table sur une croissance organique à deux chiffres de son chiffre d’affaires pour les exercices 2024-2025 et 2025-2026. Son chiffre d’affaires a progressé de 18,6 % en données organiques, à 1,21 milliard d’euros au titre de son exercice 2023-2024 clos fin août. Il a enregistré un bénéfice net de 133 millions d’euros, en hausse de 64,2 % sur un an. Son Ebitda récurrent a progressé de 24,8 % en données organiques, soit à périmètre et taux de change constants, à 430 millions d’euros.

Comment Pluxee appréhende le sujet de la RSE au sens large depuis sa création ?

La scission avec Sodexo nous engage sur de nombreux points, et évidemment grandement en matière de RSE. Chose notable et quelque peu amusante, mais qui illustre aussi notre vie nouvelle, les engagements RSE de Pluxee sont désormais retranscrits dans 50 à 60 pages dans notre rapport annuel d’activité. Lorsque nous faisions partie intégrante du groupe Sodexo, le rapport RSE de l’activité n’occupait alors qu’une partie du chapitre RSE du groupe.

Pluxee a pu s’appuyer sur son histoire et son héritage de Sodexo pour structurer sa politique RSE. Et j’ai évidemment pu en bénéficier lorsque l’on m’a proposé le poste de directrice RSE, avec la mission de structurer le département et définir la feuille de route. Sodexo a des valeurs en la matière qui sont fondamentalement ancrées, ne serait-ce que par son activité de restauration collective qui permet d’insérer et de réinsérer professionnellement des populations éloignées de l’emploi, mais aussi de développer des programmes d’inclusion des femmes et des jeunes et de favoriser une alimentation durable.

Globalement, quels sont les objectifs RSE que l’entreprise s’est fixés ?

Nous adaptons nos actions selon notre secteur d’activité. Nous ne sommes pas légitimes à former des populations sur le travail en cuisine. En revanche, sur le digital, nous avons voix au chapitre. Nous tâchons d’aider des populations éloignées de l’emploi - des jeunes, des hommes, des femmes - à s’insérer et se réinsérer dans le milieu professionnel via le numérique. Dans l’ensemble, la diversité, qu’elle porte sur l’âge, le sexe, la nationalité, la culture ou autre caractéristique personnelle, fait partie de la culture du groupe et constitue l’un des principaux moteurs de sa stratégie de croissance. Nous travaillons également sur la notion d’égalité homme-femme, et veillons à ce que le développement de carrière de ces dernières aux échelons supérieurs de la hiérarchie soit soutenu. Aujourd’hui, 45 % des cadres de Pluxee France et 53 % de l’ensemble de ses collaborateurs sont des femmes.

Pluxee s’est également engagé à augmenter sa consommation en électricité renouvelable de 0 % en 2017 à 100 % d’ici la fin de l’année sur ses trois sites en France.

En matière de décarbonation, notre stratégie est également adaptée à notre secteur d’activité, porté désormais grandement par le digital. In fine, nous nous sommes engagés à réduire de façon absolue nos émissions de gaz à effet de serre (GES) des scopes 1 et 2 ainsi que celles du scope 3 de 65 % d’ici 2030 par rapport à 2017. D’ici 2035, nous avons également indiqué vouloir atteindre l’objectif Net-Zéro, en réduisant de façon absolue là encore, notre empreinte carbone des scopes 1, 2 et 3 de 90 % d’ici 2035 par rapport à l’exercice 2017. Pluxee s’est également engagé à augmenter sa consommation en électricité renouvelable de 0 % en 2017 à 100 % d’ici la fin de l’année sur ses trois sites en France. Notre trajectoire, vérifiée par l’initiative Science Based Target (SBTi), est bien lancée, puisque nous avons, en 2024, réduit notre empreinte carbone de 52 %.

Ces actions de décarbonation se traduisent à travers quatre domaines bien définis ; en premier lieu, le Produit qui représente 50 % de notre empreinte carbone totale. Le titre-restaurant tel que se le représentent nombre de personnes apparaissaient encore il y a peu sous forme de titre papier ; or ceux-ci sont voués à disparaître grâce à l’action du Gouvernement et du législateur, instances avec lesquelles nous échangeons ; l’activité des titres-restaurant étant, on le rappelle, une activité assujettie à la réglementation. Nous sommes actuellement dans une phase de transition, où se mêlent titre papier, carte-restaurant et carte dématérialisée et notre objectif affiché est d’accélérer ce mouvement de dématérialisation des cartes restaurant Pluxee. Cette action, qui s’inscrit aussi dans l’ère du temps, permettra de réduire à terme de 96 % notre empreinte carbone sur l’activité titre-restaurant. Avec près de 80 % de nos clients ayant choisi la solution dématérialisée de Pluxee Restaurant, nous sommes aujourd’hui au-dessus de la moyenne du marché en termes de dématérialisation.

Nous agissons aussi sur le numérique responsable. Ce sujet étant important pour Pluxee, nous soutenons la fréquentation durable et l’inclusion financière et numérique. Ainsi, nous traitons l’axe accessibilité pour répondre à des engagements liés à l’inclusivité, et l’axe Green IT pour répondre à des enjeux environnementaux. La réduction de l’empreinte environnementale de nos infrastructures IT et serveurs constitue évidemment un enjeu de taille et nous tâchons en ce sens de prolonger leur durée d’usage. Le troisième axe a trait aux achats responsables. Un plan d’action nous permet de structurer et d’embarquer nos fournisseurs dans notre démarche.

Enfin, un programme interne sur les déplacements Domicile-Travail de nos salariés a été mis en œuvre et a déjà eu des impacts très positifs.

En quoi la CSRD se révèle être une opportunité ?

La publication d’une déclaration de performance extra-financière (DPEF) n’est pas une nouveauté en soi. La CSRD a simplement pour ambition d’aller plus loin en harmonisant les reportings des entreprises

La publication d’une déclaration de performance extra-financière (DPEF) n’est pas une nouveauté en soi. La CSRD a simplement pour ambition d’aller plus loin en harmonisant les reportings des entreprises et en améliorant la disponibilité et la qualité des données publiées.

Par ce qu’elle impose et implique, la directive permet d’une certaine manière de structurer l’entreprise et de mieux gérer les risques (et les opportunités). D’ailleurs, tout ce qui est mis en place dans le cadre de cette obligation de reporting nous servira dans le cadre des certifications ISO. Je prends pour exemple les cas de la norme ISO 9001 et de la norme ISO 14001 (NDLR : la première relative à la mise en place d’un système de management de la qualité ; la deuxième définit quant à elle une série d’exigences que doit satisfaire le système de management environnemental) : tout notre travail sur la CSRD et l’intégration des risques environnementaux, climatiques, sociaux et sociétaux à notre activité nous aident à enrichir nos réponses aux exigences de ces normes.

Quand bien même elle se fonde sur la mise en place d’une structure de reporting, la CSRD permet à mon sens de matérialiser des choses qui peuvent paraître abstraites.

Les tractations d’abord et les annonces récentes faites ensuite dans le cadre de la législation Omnibus sont-elles de nature à faire reculer les entreprises selon vous ?

La CSRD est une directive utile et qui va faire avancer les choses. Je pense même qu’elle tombe à point.

Cela peut effectivement poser question de voir la Commission faire machine arrière et réduire ses exigences en matière de reporting pour bon nombre d’entreprises dans un ensemble de propositions législatives. Mais cela, du moins je l’espère, ne doit pas casser la dynamique. Les inquiétudes et interrogations de certains en ce qui concerne ce choix sont légitimes. Comme je le rappelais, la France a été l’un des premiers pays à transposer ce texte et certains grands groupes ont travaillé de façon approfondie sur le sujet. Stopper leurs efforts ne servirait à rien. La CSRD est une directive utile et qui va faire avancer les choses. Je pense même qu’elle tombe à point.

En interne toutefois, l’acronyme peut interroger. Pour sensibiliser les collaborateurs, il faut leur expliquer en quoi cette directive peut être décisive, structurante pour leurs opérations et leur quotidien. Il nous faut parvenir à démontrer que la CSRD peut leur être utile et les aidera à identifier les risques auxquels ils peuvent être confrontés mais aussi les opportunités qu’ils peuvent saisir. C’est un travail intéressant que de leur montrer tout cela ; de leur ouvrir les yeux sur les différentes implications que cela peut avoir avec les parties prenantes de l’entreprise - fournisseurs, clients, communautés de restaurateurs et de commerces de proximité. In fine, cela donne du sens.

Les éléments partagés seront à mes yeux de vrais vecteurs de différenciation et des sources importantes de valeur pour les entreprises. Cette directive a le mérite de leur apporter de la rigueur et de préciser clairement leurs engagements.

Encore une fois, les entreprises doivent tirer de la CSRD des applications opérationnelles. La directive engendrera des plans de transformation d’entreprise bénéfiques. Elle permettra d’ailleurs, au-delà des risques, de mieux maîtriser sa data. C’est louable et nécessaire pour être crédible.

Par quelles données la CSRD est-elle particulièrement intéressée ?

Elle est aussi bien gourmande en indicateurs carbone, qu’en indicateurs sur les sujets sociaux, mais aussi en indicateurs de gouvernance (formations anti-corruption, montants des contributions, pratiques de paiement). L’entreprise doit également monter d’un cran sur la considération des risques et les dimensions qualification et évaluation de ses parties prenantes. La CSRD réclame une structure de pilotage du risque très fine et bien plus complète qu’elle ne l’était auparavant.

Si elle ne peut maîtriser ses données, une entreprise est promise à vivre des moments difficiles. Elle ne peut se présenter sérieusement devant un prospect lors d’un appel d’offres sans la maîtriser. Cela ne fait d’ailleurs pas forcément gagner un deal, mais ça peut en faire perdre.

Disposez-vous d’outils efficaces pour les reporter ?

Tout reste à optimiser. Nous en disposons, mais au regard de la masse de données toujours plus importante à gérer, Pluxee a conscience qu’il faut renforcer ses structures digitales. Nous tâchons donc d’améliorer les nôtres.

L’objectif est de remonter davantage de données de façon automatisée, sans passer trop de temps à les chercher. Cela nous donnera davantage de temps pour monter des opérations avec nos fournisseurs et nos clients.

La CSRD demande un énorme travail aux nombreux responsables et directeurs RSE. Même si nous ne sommes pas obligés de répondre à toutes les lignes, la difficulté est, après avoir établi nos priorités, de chercher la donnée, la fiabiliser et avoir un suivi à long terme… Il ne faut pas qu’elle absorbe un temps qui pourrait être précieux pour mener des actions à impact positif pour nos parties prenantes.

Comment avez-vous appliqué la CSRD de façon concrète ?

Pour vous donner un exemple, sur le volet décarbonation, nous avons travaillé sur l’un des domaines d’action clé de notre trajectoire Net Zéro, les déplacements Domicile-Travail des collaborateurs ainsi que l’énergie de nos bâtiments. Nous avons récemment déménagé dans de nouveaux locaux près de la gare Saint-Lazare dans le 9ème arrondissement de Paris - lesquels sont d’ailleurs bien moins énergivores, puisque nous avons réduit de plus de 78 % notre consommation d’électricité (soit près de 100 000 euros en moins sur la facture énergétique).

Ce déménagement a été suivi par une multitude de mesures d’accompagnement RH : remboursement du Passe Navigo à 100 % pour favoriser la venue de nos salariés en transport en commun ; mise en place d’un Forfait Mobilité Durable ; politique de télétravail adaptée en fonction des métiers et des temps de trajet … Nos salariés qui avaient pour habitude de venir en voiture prennent désormais en majorité les transports en commun. En plus du gain de pouvoir d’achat qui en découle, ils contribuent à la réduction de plus de 73 % de l’empreinte carbone liée à leurs déplacements domicile-travail.

Quels sont les prochains grands chantiers que vous comptez adresser ?

Le numérique responsable prendra cette année beaucoup de place, car c’est un élément extrêmement structurant dans notre stratégie de croissance mais est aussi une attente de nos clients. Le Comité de gouvernance RSE du mois de février a d’ailleurs porté sur ce chantier. Mettre nos assets digitaux en conformité et au niveau requis prendra un peu de temps. Cela réclame de nombreux audits, contre audits, des validations avec des tiers … C’est un travail en profondeur qui est attendu de nous sur notre manière dont on développe nos extranets, nos applications, nos pages web.