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Nearshoring, friendshoring, relocalisation … le mouvement de réindustrialisation s’accélère


Face aux tensions géopolitiques et aux décisions de Donald Trump, de plus en plus d’industriels occidentaux envisagent de réorganiser leurs chaînes d’approvisionnements. Beaucoup ont d’ailleurs déjà relancé leurs investissements comme l’indique une étude complète de Capgemini.

Nearshoring, friendshoring, relocalisation … le mouvement de réindustrialisation s’accélère
Nearshoring, friendshoring, relocalisation … le mouvement de réindustrialisation s’accélère

Le mouvement de réindustrialisation est bien en marche selon la filiale conseil du géant Capgemini. Dans son étude annuelle sur le sujet, elle indique que plus de la moitié des groupes industriels ont investi dans le ‘nearshoring’ ou même la relocalisation (‘reshoring’) de leur production au cours de l’année écoulée. Pas moins de 35 % des répondants ont d’ailleurs indiqué qu’ils avaient prévu d’augmenter leurs investissements dans le ‘nearshoring’ en 2025 pour diversifier leurs chaînes de production et d’approvisionnement. L’enquête, pour le moins fournie, a été menée auprès de 1 400 hauts responsables d’industries européennes, britanniques et américaines, de plus d’un milliard de dollars de revenus.

Les investissements prévus, mis bout à bout ces trois dernières années, à l’intérieur et à l’extérieur - dans un pays proche ou jugé sûr et fiable - des marchés domestiques, devrait atteindre selon Capgemini 4 700 milliards de dollars. Ils étaient évalués à 3 400 milliards de dollars en 2024. Ces investissements sont prioritairement destinés à « minimiser les risques de disruption des chaînes d’approvisionnement, les différends commerciaux, et l’impact de la hausse des droits de douane. »

Le recours au ‘friendshoring’ augmente fortement ces derniers temps et la dynamique ne devrait pas s’estomper dans les années à venir. Les industriels semblent vraiment décidés à redéfinir le schéma de leur chaîne de valeur. La mondialisation, particulièrement mise à mal depuis le retour de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis, voit désormais des initiatives stratégiques nouvelles être mises en place. Mais en réalité, les industriels n’ont pas attendu la hausse des droits de douane pour agir. Le Covid avait fait office de premier message d’alerte et avait déjà malmené la mondialisation. Le libre-échange n’en est pas mort pour autant, mais les grands industriels, plus attentifs, mettent désormais tout en œuvre pour minimiser leurs risques en diversifiant leur chaîne de production et d’approvisionnement. La proximité avec leurs marchés est pour beaucoup devenue une obsession ; au point où la production ne se focalise plus sur une problématique de coût mais de résilience. La pression sur les chaînes d’approvisionnement est d’ailleurs citée par une écrasante majorité de dirigeants (95 %), une augmentation significative par rapport à 69 % en 2024.

Donald Trump, nouvelle variable à intégrer

En deuxième position, la nécessité de rapprocher la production au plus près des marchés est mentionnée (à 92 %) pour la première fois par les dirigeants. Face aux tensions sur les marchés, les groupes industriels européens et américains se sont donc mis en ordre de marche : deux tiers d’entre eux assurent avoir adopté une stratégie de réindustrialisation, active ou en cours - contre 59 % en 2024. Les mesures décidées par Donald Trump, dont certaines entreront en vigueur ce mercredi 2 avril, pourraient évidemment accélérer le mouvement. Pas moins de 93 % des dirigeants expriment d’ailleurs leurs préoccupations à ce sujet.

La réindustrialisation est ainsi perçue comme une réponse stratégique à l’environnement géopolitique - notamment dans les industries des batteries et du stockage de l’énergie, de l’automobile et des télécommunications. Toutefois, dans l’attente des annonces du président américain, beaucoup de donneurs d’ordre veillent à ne pas trop se précipiter. Ainsi, près de 80 % d’entre eux indiquent avoir mis leurs décisions en sommeil, attendant de plus amples clarifications. Le coût de la réindustrialisation n’est évidemment pas neutre, d’autant plus en ce moment. Plus de six sur dix (62 %) s’attendent à une augmentation des coûts d’investissement au cours des trois prochaines années, mais la moitié d’entre eux espèrent et tablent sur une réduction des coûts logistiques et des chaînes d’approvisionnement pendant la même période grâce à une plus grande proximité avec leurs marchés.

Le nearshoring reste pour l’instant la piste privilégiée par de nombreuses organisations. D’autres investissent dans une combinaison de reshoring et de nearshoring. « Cette tendance devrait se poursuivre », avance Capgemini Invent. Selon l’enquête, le mouvement de réindustrialisation grimperait sous trois ans à 48 % (en hausse de 7 points de pourcentage).

Les stratégies de friendshoring gagnent aussi de terrain et pourraient bien devenir à terme prioritaire pour les industriels (73 %). Chaîne d’approvisionnement, production … tout y passe ! «  Le friendshoring devrait représenter 41 % de la capacité de production totale au cours des trois prochaines années », estime Capgemini Invent dans son étude. À ce jeu, le grand perdant devrait être la Chine. Plus de huit dirigeants sur dix assurent vouloir réduire sensiblement son exposition à l’empire du milieu en matière de sourcing, une augmentation significative par rapport à 2024 (58 %). Les organisations interrogées annoncent cibler désormais l’Amérique du Nord, le Royaume-Uni, le Mexique et l’Afrique du Nord. Le Vietnam et l’Inde, qui sont également cités, semblent offrir de bien meilleures perspectives et sont considérés comme des pays à bas coût plus fiables.