Mutualiser achats et logistique pour sauver les ONG humanitaires menacées par le retrait de l’USAID
Fabrice Perrot et Jean-Baptiste Lamarche, respectivement président et directeur général de la coopérative logistique humanitaire HULO, tirent la sonnette d’alarme face au désengagement de l’USAID qui entraîne la cessation d’un tiers de leurs opérations humanitaires. Mutualiser sa logistique et ses achats comme l’ont fait les quinze associations humanitaires adhérant à HULO apparait plus que jamais comme un levier de performance indispensable.

La coopérative logistique humanitaire HULO, lauréate du trophée Or de l’équipe supply chain de l’année en 2024, décerné par le jury de la Nuit de la Supply Républik, est en première ligne face à la tempête Donald Trump qui secoue les supply chain mondiales. Cette organisation qui réunit les directeurs supply chain de quinze organisations humanitaires* leur permet à la fois de partager des moyens opérationnels logistiques, mais aussi d’aborder conjointement leurs achats, dont une grande partie sont effectués sur le terrain auprès de fournisseurs locaux.
Un tiers des actions stoppées du jour au lendemain
Ses membres sont à l’heure actuelle dans une grande difficulté du fait de la décision de Donald Trump de suspendre les versements de l’USAID. « Le poids du financement de l’USAID sur les opérations va de 5 % pour les plus petites ONG jusqu’à 50 % pour certaines. Pour Solidarités international, cela représente par exemple 60 millions d’euros sur un budget total de 180 millions d’euros », explique le président fondateur d’HULO, Fabrice Perrot, directeur achats et logistique de l’ONG Solidarités international.
Des centaines de projets dans des dizaines de pays s’arrêtent ainsi du jour au lendemain
Au-delà des chiffres, il ne cache pas les conséquences dramatiques de cette décision politique unilatérale. « Des centaines de projets dans des dizaines de pays s’arrêtent ainsi du jour au lendemain, dont certains qui permettent de sauver des vies immédiatement : des centres de santé, de la distribution d’aide alimentaire, d’eau potable… », s’alarme-t-il.
Pour les ONG membres d’HULO, ces conséquences varient en fonction de leur dépendance aux fonds institutionnels. Les plus connues telles que Médecins sans frontières constituent leur budget à hauteur de 98 % grâce à la générosité du grand public. Mais d’autres, comme par exemple Première urgence internationale, peuvent dépendre à plus de 90 % de ces financements. « La coopérative HULO est pour sa part 100 % dépendante des subventions institutionnelles », précise son directeur général, Jean-Baptiste Lamarche. Son budget dépendait en effet pour un tiers d’un financement américain, via une subvention de 100 millions d’euros, le reste venant de l’Union européenne et de la France.
Une coopérative créée pour compenser un déficit chronique de moyens
D’un point de vue opérationnel, HULO a été créée pour combler le fossé entre les montants nécessaires aux opérations humanitaires et les fonds dont disposent les organisations humanitaires. « Les besoins humanitaires étaient financés jusqu’à maintenant à 50 % et le retrait américain fait que, désormais, seuls 5 % des projets sont couvrables », estime Jean-Baptiste Lamarche pour qui la démarche collective impulsée par HULO est plus que jamais nécessaire.
Nos quinze membres doivent désormais s’appuyer encore plus sur la coopérative pour sauver autant de projets que possible
« En regroupant notre logistique nous avons fait d’importantes économies d’échelle. Le moment dramatique que nous vivons appelle donc à un nouveau sursaut collectif. Fort des habitudes de travail en collaboration que nous avons construites, nos quinze membres doivent désormais s’appuyer encore plus sur la coopérative pour sauver autant de projets que possible en mutualisant encore davantage leurs forces », insiste Jean-Baptiste Lamarche.
La mutualisation des achats figure bien sûr en tête des leviers de performance que Jean-Baptiste Lamarche entend actionner pour gagner de nouvelles marges de manœuvre. « HULO peut notamment aider dans la réflexion sur les nécessaires restructurations de nos organisations, en mettant en place des fonctions partagées par exemple au niveau des Achats », confirme le directeur général d’HULO, Jean-Baptiste Lamarche.